Le centre d’hébergement d’urgence migrants d’Ivry-sur-Seine : un dispositif unique en Europe
Les 30 avril et 21 mai derniers, nous sommes intervenues auprès des professionnel(le)s du Centre d’Hébergement d’Urgence Migrants d’Ivry sur Seine. Créé par Emmaüs Solidarités en 2017, ce centre accueille notamment des familles primo-arrivantes sur le territoire français. Hébergées temporairement, elles bénéficient des services sociaux d’Emmaüs les aidant dans l’ensemble de leurs démarches administratives.

Au total, 450 lits sont disponibles et plus de 400 personnes résident dans ce centre, majoritairement des femmes isolées et des familles. Depuis bientôt 10 ans, plus de 10 000 personnes ont été prises en charge au CHUM, où les espaces d’hébergement sont organisés en « rues » et des yourtes sont dédiées aux temps de repas, collectifs, et de formation.
L’école de pré-scolarisation, dépendant de l’éducation nationale, permet aux enfants de bénéficier d’une éducation à partir de 6 ans. Grâce à l’engagement de professeurs, des cours de mise à niveau peuvent être dispensés. La tenue d’un pôle santé, géré par le Samu Social, permet un accès aux soins de santé à l’entièreté des résidents et résidentes. Plus de 550 enfants sont auscultés chaque année, soit 75% des enfants accueillis par le CHUM. Ces enseignements et permanences médicales se tiennent grâce aux salariés et bénévoles (médecins généralistes, sages-femmes, infirmières, gynécologues, psychiatres, interprètes, services civiques, éducateurs sociaux…).
Le CHUM d’Ivry se distingue par sa particularité de centre-village qui offre un temps de répit aux parcours migratoires souvent difficiles, en particulier pour les femmes et les enfants.
L’INTERVENTION DE L’UNITÉ : OUTILLER LES PROFESSIONNEL-LES QUI INTERVIENNENT AUPRÈS DES PERSONNES CONCERNÉES
Le 30 avril, nous sommes revenus au CHUM d’Ivry pour compléter la formation sur la prise en charge des personnes concernées par les mutilations sexuelles féminines.
En présence de la majorité des assistants et assistantes socio-éducatif, des travailleurs sociaux, conseillers en insertion professionnels, de la cheffe de service, et des professionnels du pôle santé, nous avons dispensé une présentation globale du phénomène des mutilations sexuelles féminines suivie d’une explication du travail de l’Unité Réparons l’Excision.
Pour amorcer le sujet, l’introduction portait sur le continuum des violences sexistes et sexuelles. En rappelant les chiffres marquant : 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2024, 220 000 personnes de 18 à 75 ans victimes de viols, tentative de viols ou agressions sexuelles (dont 85% de femmes), nous avons fait le lien entre les mutilations sexuelles féminines et le continuum des violences sexistes et sexuelles (VSS). Ces dernières s’inscrivent au sommet de la pyramide des violences sexistes et sexuelles et ne peuvent être décorrélées des autres violences que subissent les femmes. Les mutilations sexuelles féminines sont une mesure de contrôle systémique de la sexualité et du corps des femmes s’inscrivant au sein d’un panel beaucoup plus large : normes genrées, comportements sexistes, violences institutionnelles… L’excision constitue souvent la première des violences infligées sur le corps des petites filles.
Puis, nous avons expliqué en profondeur ce que sont les mutilations sexuelles féminines avec une description anatomique de l’excision, les différents types de mutilations, l’explication des raisons de cette tradition ancrée dans des normes socio-culturelles, et les données chiffrées dont nous disposons.
Les conséquences nombreuses et variées des mutilations sexuelles féminines ont ensuite été exposées avant de revenir sur le phénomène croissant de leur médicalisation et ses conséquences particulièrement néfastes. Le dépistage et le diagnostic, l’orientation et la sensibilisation étant cruciaux, nous avons exposé les questions à poser pour dépister, les facteurs de risques et de protection et l’importance de l’annonce et de l’information aux personnes concernées.
Le suivi pluridisciplinaire étant décisif lors d’un parcours de reconstruction, nous avons abordé notre approche globale et individualisée des situations. L’objectif principal de l’Unité est de permettre aux femmes survivantes de retrouver une vie de femme, affective et stabilisée en proposant une prise en charge multidisciplinaire (médicale, psychologique, sociale, chirurgical, sexologique). D’autres objectifs sous-jacents dictent nos missions quotidiennes : structurer un réseau de prise en charge sur le territoire francilien, prévenir les mutilations sexuelles féminines et s’assurer de leur bonne détection.
Présenter l’Unité implique également de présenter les motifs de consultation de nos patientes et ce qui motive leur choix d’entreprendre un parcours de soin. Chaque patiente est unique. Elles ont toutes des attentes et un cheminement qui leur est propre. Cependant, nous pouvons distinguer trois motifs de consultations principaux qui peuvent coexister et se conjuguer dans une même demande :
- La volonté d’éradiquer les douleurs parfois quotidiennes et/ou pendant les rapports sexuels
- Le motif identitaire, avec des patientes qui se sentent atteintes dans leur identité, évoquant un sentiment de manque
- Le facteur sexuel, avec la demande d’améliorer leur sexualité souvent entravée par l’excision et les autres violences sexuelles qu’elles ont pu subir
En fonction de leurs motivations, leurs attentes et leur disponibilité, nos patientes choisissent un parcours de reconstruction, à leur rythme. 3 parcours principaux coexistent, ils sont à retrouver sur l’onglet “être accompagné” du site internet.
Des échanges et discussions constructives ont permis de clôturer cette intervention, particulièrement utile pour des travailleurs et travailleuses au contact d’un public concerné.



